Définitions botaniques : deux stratégies reproductives
À l'état naturel, le chanvre est une espèce dioïque : les organes reproducteurs mâles (étamines) et femelles (pistils) se développent sur des individus distincts. Environ 50 % des plants sont mâles, 50 % femelles. Les plants mâles produisent des grappes de fleurs lâches chargées de pollen ; les plants femelles développent des inflorescences compactes, résineuses, destinées à capter ce pollen pour former des graines. (un éclairage complémentaire dans Pourquoi le taux de CBD naturel plafonne biologiquement autour de 8-12 %).
Pourquoi le dioïque est supérieur pour la production de fleurs CBD
La logique biologique de la sinsemilla
Une fleur femelle non pollinisée (dite « sinsemilla », « sans graine ») continue de produire de la résine dans l'espoir d'attraper du pollen. Ce mécanisme biologique pousse la plante à accumuler des trichomes chargés de cannabinoïdes et de terpènes bien au-delà de ce qu'elle produirait si elle était fécondée. C'est ce principe qui fonde toute la culture de cannabis de qualité, qu'il soit récréatif ou bien-être.
Cet article fait partie du dossier Variétés de chanvre.
Dans une parcelle dioïque dont les plants mâles ont été rigoureusement éliminés, les plants femelles restent en état de « frustration reproductive » prolongée. Le résultat est une inflorescence plus dense, plus résineuse, plus riche en CBD et en terpènes. Ce surplus de production phytochimique est impossible à obtenir avec des variétés monoïques, qui s'autopollinisent systématiquement. (l'Observatoire analyse cette question dans La Futura 75 et ses deux versions : monoïque industrielle et dioïque CBD).
L'impact mesurable sur le profil cannabinoïde
Les inflorescences dioïques non pollinisées présentent des concentrations en CBD supérieures de 30 à 60 % par rapport aux inflorescences monoïques de la même variété cultivée dans les mêmes conditions. Le profil terpénique est également plus complexe et plus concentré, car les trichomes sont plus nombreux et plus matures. (consultez également L'impact de la pollinisation sur le profil terpénique de l'inflorescence).
Le défi agronomique du dioïque : la suppression des mâles
La contrepartie du dioïque est un travail considérable : l'agriculteur doit identifier et arracher manuellement chaque plant mâle avant qu'il ne libère son pollen. Cette opération (appelée « sexage ») commence dès l'apparition des premières pré-fleurs (généralement fin juillet) et se répète quotidiennement pendant quatre à six semaines, jusqu'à ce que la totalité des plants soient sexés.
Le moindre plant mâle oublié dans une parcelle de plusieurs hectares peut polliniser des centaines de femelles, ruinant la qualité de la récolte en provoquant la formation de graines. Ce risque, combiné au coût de la main-d'œuvre, explique pourquoi de nombreux producteurs préfèrent les variétés monoïques - au détriment de la qualité phytochimique.
Les semences féminisées : le meilleur des deux mondes ?
Pour contourner le problème, des semenciers proposent des graines féminisées : des semences qui produisent quasi exclusivement des plants femelles, éliminant le besoin de sexage. Le procédé repose sur un traitement hormonal (thiosulfate d'argent ou acide gibbérellique) qui force un plant femelle à produire du pollen ne contenant que des chromosomes XX.
Ces semences féminisées offrent un compromis intéressant, mais leur inscription au catalogue européen reste complexe car elles doivent satisfaire aux mêmes critères DHS que les variétés conventionnelles. Leur utilisation en culture légale de chanvre en France est encadrée et limitée aux variétés inscrites au catalogue.
Ce que le consommateur doit retenir
Demander si la fleur provient d'une culture dioïque ou monoïque est une question technique qui révèle beaucoup sur la qualité du produit. Une fleur issue d'une parcelle dioïque correctement gérée sera naturellement plus riche en cannabinoïdes et en terpènes qu'une fleur monoïque - sans aucun ajout artificiel. C'est un critère de qualité objectif qui devrait figurer sur l'étiquette de tout produit transparent. (ce sujet est approfondi dans Les variétés françaises et européennes et leur nature monoïque ou dioïque).